Les méthodes de collecte de données sont les techniques par lesquelles une étude recueille l’information dont elle a besoin, en interrogeant des personnes, en les observant ou en exploitant des traces et des documents existants.
Elles se répartissent en trois familles. L’interrogation recueille des déclarations, au moyen d’un questionnaire, d’un entretien individuel ou d’un groupe de discussion. L’observation enregistre des comportements, en situation réelle ou à travers les traces qu’ils laissent : achats, navigation, usage d’un produit. L’exploitation de données secondaires réutilise des informations produites pour une autre finalité, comme des statistiques publiques ou des fichiers internes.
Pour l’interrogation, le mode d’administration est une composante à part entière. Statistique Canada distingue l’autodénombrement, où le répondant remplit seul le questionnaire, et l’interview, au téléphone ou sur place, conduite par un enquêteur. Chacun peut être assisté par ordinateur, ce que les professionnels désignent par des sigles : CAWI pour le questionnaire en ligne, CATI pour le téléphone, CAPI pour le face-à-face. Une méthode de collecte se définit aussi par son protocole de contact et de relance et par les contrôles appliqués pendant le terrain.
La méthode de collecte ne se confond pas avec la méthodologie d’étude, qui organise l’ensemble du dispositif, de la question posée à l’analyse. Elle se distingue aussi de l’échantillonnage, qui détermine qui l’on interroge, quand la collecte détermine comment. Le choix dépend de l’approche : une étude qualitative privilégie l’entretien et l’observation, une étude quantitative le questionnaire et les données de comportement.
Changer de mode ne change pas seulement le coût. L’Insee l’a documenté dans un document de travail de 2023 consacré à l’enquête Cadre de vie et sécurité (Castell, Clerc, Croze, Legleye, Nougaret). Des répondants interrogés en face-à-face en 2018 ont été réinterrogés en 2019 par internet ou par téléphone. Les auteurs distinguent deux effets : sur le fait de répondre, ou effet de sélection, et sur la façon de répondre, ou effet de mesure. Ils concluent que le téléphone, en complément d’internet, améliore la représentativité, et que des effets de mesure persistent. Pour une entreprise, la leçon est directe : un baromètre qui passe du téléphone au questionnaire en ligne peut afficher une évolution qui ne vient que du changement de méthode.
Nous recommandons de partir de l’information à obtenir, puis de remonter vers la méthode, et non l’inverse. Le questionnaire en ligne est souvent choisi par défaut, avant même d’avoir vérifié que la population visée y répond.
Deux combinaisons sont courantes. La première est séquentielle dans le temps : une phase qualitative fait émerger les thèmes et le vocabulaire des clients, puis un questionnaire mesure leur poids. La seconde associe plusieurs modes dans une même enquête, par exemple internet puis relance téléphonique des non-répondants. Elle améliore la couverture, mais oblige à surveiller les écarts de réponse entre modes.
Plusieurs indicateurs se suivent pendant la collecte : le taux de réponse, le taux d’abandon et le point où il survient, la durée médiane de passation, la part de non-réponses par question et l’écart entre l’échantillon obtenu et les quotas visés. En qualitatif, le repère est la répétition : quand les derniers entretiens n’apportent plus d’idée nouvelle, le terrain peut s’arrêter.
Dès qu’elle porte sur des personnes identifiables, la collecte relève du RGPD : les personnes interrogées ou observées doivent notamment être informées de la finalité du traitement. L’observation de comportements en ligne au moyen de traceurs obéit en outre à des règles propres de consentement.
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Les données primaires sont recueillies pour l’étude en cours, par questionnaire, entretien ou observation. Les données secondaires existent déjà : statistiques publiques, études antérieures ou fichiers internes, produits pour une autre finalité.
Inventoriez d’abord les secondes : elles s’obtiennent plus vite et suffisent parfois à cadrer un marché. Avant de les réutiliser, vérifiez leur date, la population couverte et leur mode de production. Réservez la collecte primaire à ce qu’elles ne disent pas, comme les motivations de vos clients ou leur perception de votre offre.
Choisissez d’abord selon la population, ensuite selon le budget. Le questionnaire en ligne convient à une population joignable par voie électronique, pour un questionnaire court et simple. Le téléphone atteint des publics moins connectés et permet de reformuler. Le face-à-face s’impose pour un questionnaire long, un produit à montrer ou une population difficile à joindre autrement.
Vérifiez trois points avant de trancher : le taux de couverture de votre fichier, la durée du questionnaire et la nécessité de présenter un support visuel. Si un mode laisse de côté une partie de la cible, prévoyez un mode complémentaire.
Suivez chaque jour le nombre de réponses complètes par quota, le taux de réponse et le taux d’abandon. Ce sont les trois signaux qui permettent de corriger le terrain pendant qu’il est encore temps.
Examinez aussi la durée de passation : les répondants beaucoup plus rapides que la médiane répondent souvent sans lire. Repérez la question où se concentrent les abandons, puis contrôlez la part de non-réponses par question. Fixez à l’avance les règles d’exclusion des réponses de mauvaise qualité, pour ne pas les décider au vu des résultats.
C’est possible, mais c’est risqué : le changement de mode peut créer une évolution artificielle. Les répondants ne sont pas les mêmes selon le mode, et ils ne répondent pas de la même façon à une question lue sur un écran ou posée par un enquêteur.
Si le changement est inévitable, organisez une vague de transition. Interrogez en parallèle deux échantillons comparables, l’un par l’ancien mode, l’autre par le nouveau. L’écart observé entre eux mesure l’effet du mode. Signalez ensuite la rupture de série dans chaque restitution.
Préférez-les chaque fois que l’information existe déjà sous forme de trace : achats, fréquentation, navigation, réclamations. Les déclarations sur les comportements passés sont sujettes à l’oubli et à l’embellissement, alors que les traces enregistrent ce qui s’est réellement produit.
Renoncez-y lorsque vous cherchez le pourquoi : une donnée d’achat montre qu’un client est parti, pas la raison de son départ. La combinaison la plus utile consiste souvent à repérer un comportement dans les données, puis à interroger les personnes concernées pour l’expliquer.
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